Image d’illustration : page d’accueil de “La Voix des contes” par Snejana Gadjeva et Ildikó Lőrinszky sur le Moodle+ de l’Inalco.
« Les Voix du conte » est né d’une idée simple mais ambitieuse : trouver un texte suffisamment court pour être traduit en dizaines de langues, tout en étant assez riche pour susciter un véritable travail littéraire et pédagogique. Les contes — universels, intemporels et ayant une résonnance culturelle — se sont imposés comme un choix évident. Parmi ceux de Perrault, Les Fées (1679) s’est distingué : le plus court de son recueil, moins connu que Cendrillon ou Le Chat botté, mais porteur d’un message qui transcende les cultures — la puissance discrète de la bonté. Dans sa version la plus récente, développée dans le cadre de l’alliance EUniWell, les apprenants ont accès à ce même conte en 20 langues, européennes et non européennes. Vous découvrirez comment les choix de chaque traducteur — de mots, de ton et de style — révèlent quelque chose d’unique sur leur langue et leur tradition littéraire.
Ildikó Lőrinszky est enseignante de hongrois et traductrice littéraire à l’Université d’Ankara, et Snejana Gadjeva est maîtresse de conférences en langue et linguistique bulgares et en linguistique de contact à l’INALCO. Elles ont travaillé ensemble en tant qu’autrices principales et éditrices du projet. Elles ont également créé les ressources pour le hongrois (Ildikó) et le bulgare (Snejana). L’entretien a été mené par Roxane Poor-Hang, ingénieure en enseignement numérique à l’INALCO, impliquée dans la création de ce module et représentante de l’INALCO au sein du groupe de travail EUniWell.
Pourriez-vous nous présenter la ressource que vous avez initiée ?
La page « A Tale in Many Voices », disponible sur la plateforme Moodle+ de l’INALCO, présente l’un des volets du projet Les voix du conte, initié par Ildikó Lőrinszky dans le cadre des activités de recherche du laboratoire PLIDAM à l’INALCO.
L’idée initiale consistait à traduire le conte de Charles Perrault Les Fées (1697) dans un large éventail de langues. Le projet s’est ensuite ouvert à la collaboration avec d’autres membres du corps enseignant d’autres équipes de recherche de l’INALCO ainsi qu’avec d’autres universités en France et à l’étranger.
Le choix du format du module a été effectué en concertation avec Boriana Silhol et Sophie Briquet, deux des ingénieures pédagogiques en charge des ressources numériques à l’INALCO. Elles ont proposé la création d’une page en accès libre sur la plateforme Moodle+, accessible non seulement aux étudiants de l’INALCO mais aussi à des publics extérieurs. L’objectif était d’atteindre des étudiants désireux de découvrir des langues au-delà de leur spécialité principale, ainsi qu’un public plus large d’amateurs de langues.
Quelles étaient vos principales intentions ?
La page a été initialement conçue en français et comprenait une quinzaine de langues. Dès le départ, nous avons souhaité qu’elle fonctionne comme une ressource ouverte d’apprentissage des langues.
Notre objectif était de toucher un public large et diversifié, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’INALCO. La nature collaborative et multilingue du projet reflète l’esprit de l’établissement : un lieu unique en France et dans le monde où plus de 100 langues sont enseignées. Certaines sont largement parlées à l’échelle mondiale, tandis que d’autres sont utilisées par des communautés plus restreintes.
L’INALCO réunit des étudiants issus de différents pays, aux motivations variées et aux profils linguistiques hétérogènes. Beaucoup sont grands débutants, tandis que d’autres disposent déjà de connaissances préalables ou sont locuteurs héritiers ou natifs.
Dans les contextes académiques, les langues sont parfois classées de manière informelle comme « majeures » ou « mineures » selon le nombre d’étudiants inscrits. L’une de nos intentions principales était de dépasser cette distinction en réunissant différentes langues dans un espace commun. Ainsi, les utilisateurs rencontreront dans le module des langues comme le chinois et le turc aux côtés du hongrois et du bulgare. Le projet inclut désormais également des langues comme l’anglais, l’allemand, l’italien, ainsi que quelques langues parlées au Tchad. Et il reste ouvert à de nouvelles extensions.
Quelle méthodologie avez-vous suivie ?
La première étape de développement de la ressource a consisté à publier les traductions du français vers chaque langue sur la plateforme Traduxio. Les collègues souhaitant approfondir le projet ont ensuite enregistré des versions audio des traductions, qui ont été intégrées à la page Moodle+.
Nous avons également souhaité offrir aux utilisateurs des possibilités d’apprentissage autonome. À cette fin, nous avons développé un modèle fondé sur trois types d’exercices interactifs, chacun accompagné de consignes claires et simples.
Un premier ensemble porte sur la compréhension orale et écrite du conte ; un autre traite de certains points grammaticaux ; un troisième explore le vocabulaire essentiel.
Ce modèle a été partagé avec les collaborateurs, invités à l’adapter aux spécificités de leur langue. Chaque collaborateur a également été encouragé à inclure une courte présentation de la langue ainsi que des liens vers des ressources complémentaires, afin de permettre aux utilisateurs de prolonger leur expérience d’apprentissage.
Comment la collaboration s’est-elle déroulée en pratique ?
Les modèles d’exercices initiaux ont été élaborés avec le soutien de Boriana Silhol, l’ingénieure pédagogique en charge de la version française du module. Chaque collaborateur les a ensuite adaptés dans la section Moodle+ dédiée à sa langue.
Un collègue du service des technologies éducatives (TICE), Thierry Djikine, ingénieur du son, a enregistré plusieurs des versions audio, tandis que les documentalistes, Raphaëlle Hervé et Christine Ho, ont identifié des images libres de droits appropriées. Les ingénieures pédagogiques ont assuré un accompagnement continu, aidant les collaborateurs à intégrer les contenus sur la page Moodle+ et à résoudre des difficultés techniques, notamment liées aux différents systèmes d’écriture et aux claviers. Roxane Poor-Hang, membre de l’équipe des ingénieures pédagogiques, a pris en charge l’intégralité de l’adaptation des contenus de la version française vers la version anglaise du module.
Sa publication en accès libre a-t-elle influencé vos choix ?
Oui, le caractère ouvert de la ressource nous a conduits à porter une attention particulière à la sélection des images, icônes et contenus textuels, afin de garantir le respect intégral des droits d’auteur et des droits d’usage.
Quels ont été les principaux défis ?
L’un des principaux défis a été d’encourager les collaborateurs à travailler directement sur la plateforme Moodle+. Malgré la mise à disposition d’un modèle flexible et plusieurs sessions de formation, certains contributeurs ont rencontré des difficultés pour adapter ou recréer de manière autonome les exercices pour leur langue.
Comment le projet a-t-il été accueilli jusqu’à présent ?
À ce stade, les retours concernent uniquement la version française initiale de la page. La version anglaise représentant une nouvelle phase du projet, les retours restent encore limités.
La plateforme est conçue pour être explorée par des utilisateurs de niveaux linguistiques variés, offrant des opportunités de découverte de nouvelles langues et d’élargissement des centres d’intérêt. Nous accueillons chaleureusement les futurs retours des utilisateurs et des collaborateurs.
Note : « A Tale in Many Voices » figure dans le catalogue des cours d’EUniWell et est disponible sur le Moodle+ de l’Inalco. Pour y accéder, vous devez créer un compte, ce qui est gratuit et ouvert à toutes et tous. Pour cela, veuillez suivre le guide ci-dessous.

